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Les Hôpitaux Universitaires de Marseille à l’origine d’un nouveau traitement dans les méningiomes agressifs

Publié le :
16/04/2021 à 11:23

Les patients atteints de méningiome agressif, une tumeur maligne rare des méninges, étaient jusqu’à présent confrontés à l’absence de véritable solution thérapeutique quand les traitements classiques, chirurgie et radiothérapie, étaient en échec. Désormais, la communauté médicale et scientifique internationale dispose, grâce aux recherches menées aux Hôpitaux Universitaires de Marseille (AP-HM), d’une option thérapeutique qui permet de contrôler la tumeur de façon prolongée faisant passer la survie sans progression tumorale de 11% à 55% à 6 mois. L’étude promue par l’AP-HM et nommée CEVOREM (Combination of EVerolimus and Octreotide in REsistant Meningiomas) a été publiée en janvier 2020 dans la revue Clinical Cancer Research, un journal de l’American Association for Cancer Research.

Le Dr. Thomas GRAILLON, coordinateur de l’essai clinique, neuro-chirurgien dans le service du Pr. DUFOUR, en lien direct avec le service de Neuro-oncologie dirigé par le Pr. CHINOT, se félicite de ces résultats qui représentent un grand pas en avant et ouvrent une perspective positive pour les patients.

« Dans les méningiomes agressifs, jusqu’à présent, malgré des dizaines et des dizaines d’essais cliniques dans le monde, il n’y avait guère de progrès. C’est la première fois globalement qu’il y a un résultat positifLe critère reconnu par la communauté neuro-oncologique pour évaluer l’efficacité des chimiothérapies pour les méningiomes est la survie sans progression à 6 mois. Notre objectif était de démontrer qu’on pouvait arriver à 40% et au final, le résultat est à un peu plus de 55% », souligne le Dr. GRAILLON.

Les résultats ont montré une absence de progression à plus de 6 mois ce qui représente un véritable espoir pour 50 à 100 patients en France, concernés par ce cancer rare.

Des sollicitations dans le monde entier

Les méningiomes représentent en effet 37% des tumeurs cérébrales et se traitent couramment par chirurgie, mais dans à peu près 5% des cas, il s’agit de formes particulièrement agressives qui mènent à une impasse thérapeutique.

L’étude a permis d’initier une dynamique de recherche sur ces formes particulièrement graves. Des équipes du monde entier ont sollicité le Dr. GRAILLON pour bénéficier du protocole.

« Nous avons eu après notre communication au congrès de l’ASCO 2017 aux Etats-Unis des sollicitations émanant d’Israël, du Royaume-Uni, du Canada, d’Hawaï et une demande de New-York. Maintenant que l’étude est publiée, ce traitement sera très probablement largement proposé dans cette indication à travers le monde ».

Le médecin a débuté ses travaux sur la culture du méningiome in vitro en 2010 au sein du laboratoire CRN2M aux Hôpitaux Universitaires de Marseille Nord.

« Nous avons obtenu de bons résultats in vitro en testant différents médicaments. Nous avons combiné deux molécules avec d’un côté le ciblage du récepteur de la somatostatine (SSTRA2) et de l’autre, celui de la voie de signalisation mTOR bien connue en oncologie ».

L’essai clinique CEVOREM, qui combine les deux thérapeutiques Everolimus et Octréotide, a été mené sur une cohorte de 20 patients adultes recrutés à Marseille et à Paris (Pitié Salpêtrière) avec un soutien logistique et financier du programme hospitalier de recherche clinique (PHRC-K) et du laboratoire Novartis.

« La communauté scientifique neuro-oncologique a jugé intéressant le fait que nous ayons eu des résultats positifs à partir d’un modèle pré-clinique, et que nous ayons réussi à les transposer chez l’Homme », explique le Dr. GRAILLON.

L’AP-HM est désormais une place forte dans la recherche et la prise en charge des méningiomes agressifs, avec une reconnaissance internationale.

Dans le cadre de CEVOREM, l’équipe avait également mesuré systématiquement le volume tumoral avant et après traitement.

Une technique d’évaluation différente des pratiques habituelles pour démontrer « qu’on a tout intérêt à ajouter au critère de survie sans progression l’effet direct du traitement sur le volume tumoral. Dans l’étude qui vient de paraître nous avons pu constater que nous n’arrivions pas à faire diminuer le volume de la tumeur mais que nous parvenions à le stabiliser. Et pour nous, c’est important car cela signifie une augmentation de la survie pour les patients ». Cette étude vient d’être publiée dans la revue phare internationale de neuro-oncologie et sera présentée lors du prochain congrès américain de cancérologie (ASCO 2021).
 
Une recherche 100% Hôpitaux Universitaires de Marseille

Les travaux de recherche se sont poursuivis avec l’équipe de recherche DIP-NET dirigée par le Pr. Anne BARLIER (biologie moléculaire) au sein du laboratoire MMG afin de trouver de nouvelles cibles thérapeutiques « et voir s’il était possible de faire mieux que le protocole actuel. En combinant deux thérapies ciblées, dont une encore en développement, nous parvenons maintenant à tuer les cellules tumorales dans 50% des tumeurs testées », détaille le neurochirurgien.

Dans la lignée de ces résultats, un nouvel essai clinique nommé ALTREM, piloté par l’AP-HM et le Dr GRAILLON et engagé au niveau national avec Paris et Bordeaux portant sur une combinaison thérapeutique qui n’a jamais été testée jusqu’à présent devrait être proposé à 25 patients.

D’autre part, les patients de l’AP-HM porteurs de méningiomes agressifs ont été les premiers en France à bénéficier d’un traitement par radiothérapie métabolique auprès de l’équipe de médecine nucléaire dirigé par le Pr. GUEDJ et le Pr TAIEB. « Notre but est de spécifiquement cibler la tumeur à l’aide d’un produit radioactif. Marseille est la seule ville en France à ce jour à bénéficier de cette technique innovante » (Dr GRAILLON).

 

Le méningiome : il s’agit d’une tumeur se développant aux dépends de la méninge, enveloppe recouvrant le cerveau et la moelle épinière. La plus grande majorité des méningiomes sont des tumeurs bénignes au potentiel évolutif variable, pouvant comprimer le cerveau, les nerfs crâniens et la moelle épinière. Plus rarement, une forme plus agressive peut se développer rapidement et récidiver malgré plusieurs chirurgies et séances de radiothérapie. La tumeur se transforme alors en un méningiome malin (tumeur maligne). Cette évolution peut avoir lieu sur une longue durée ou d’emblée. Globalement, les méningiomes représentent la tumeur intracrânienne la plus fréquente chez l’adulte. Elle est bénigne dans plus de 90% des cas.